Dans la matière même
A Stilll Galery, une mise en abyme photographique de Dominique Somers

Dominique Somers a été conservatrice au Fomu (musée de la photographie à Anvers) pendant plusieurs années.
Aujourd'hui, cette expérience revient sans cesse comme concept central de son travail d'artiste. Pas étonnant donc que ce soit la Stilll Galery qui l'accueille en ce moment en quelques encablures du dit musée. Sous l'intitulé ironique "The Figure in the Carpet", l'exposition est en effet bien en phase avec la programmation à la fois photographique et conceptuelle de cette jeune galerie installée dans le nouveau quartier branché de Borgerhout.

D'emblée, il est évident que Somers a été confrontée aux images en excès, à leur dégradation physique dans les archives. Parmi les oeuvres présentées en ensembles cohérents, on trouve par exemple un agrandissement entièrement noir. Sous un certain angle, la lumière y fait apparaître une multitude de points évoquant un ciel étoilé. En fait, il s'agit de retouches comme un en a tant vu dans la photographie argentique. C'est là une manière d'attirer l'attention sur les détails apparemment sans intérêt "des zones périphériques du médium photographique" et donc d'amener à une perspective différente. Elle appelle cela de la "slow-photographie".

Le doute quant à la véracité de la photo ne fait ici... aucun doute. En témoigne cette visionneuse installée à l'entrée et qui nous montre la seule image de ce qu'elle recèle à l'intérieur. En témoignent également les déchirures et autres détériorations non pas réelles, mais faisant partie de la représentation. Une façon de dévoiler le médium comme amorcé évidente de la mise en abyme.
Si la technique du flash se retrouve dans nombre d'oeuvres, c'est tout simplement parce que l'auteure e entrepris un doctorat sur le sujet. Bien entendu, moins d'un point de vue scientifique qu'artistique. Tant mieux pour le visiteur qui découvre images et installations où le magnésium des temps héroïques sert comme matière à sculpture ou bien comme source d'éclairage (voire de brûlures) des négatifs...
On le voit, l'imagination est débordante dans cette exposition impeccablement présentée et ce, autant pour les idées que pour les formes qui nous permettent de les voir.
Jean-Marc Bodson, in: La Libre, 11/7/2014